Petit-fils de Joseph Larouche, d’une famille émigrée de Rimouski au Québec, le politique américain Lyndon H. LaRouche, de confession Quaker et de grand-père maternel émigré d’Écosse, naquit en 1922 à Rochester, dans l’arrière pays de Portsmouth au New Hampshire. Son père franco-américain, technicien spécialisé dans la machinerie de fabrication de chaussures et parlant français, représentait épisodiquement la United Shoe Machinery Corporation auprès de ses clients de Montréal.
Certains de ma génération à Montréal se souviennent d’avoir croisé et même échangé avec des militants de la cellule montréalaise de l’organisation politique internationale de LaRouche. Pour la classe politique canadienne-française de l’époque, ils représentaient une curiosité, une excentricité américaine, du même ordre que le chapelet de groupuscules gauchistes cultivés dans les CÉGEP et détenant chacun sa vérité. Pour la gauche militante de la métropole, toutefois, ils représentaient l’ennemi, bien que dénonçant le grand capital financier international, notamment de l’axe Londres – New York. Allez savoir…
Ayant pris ses premières marques politiques dans la gauche de la région de Boston après la guerre qui l’avait amené en Inde, LaRouche s’est d’abord identifié comme troskyste, pour une révolution communiste internationale, mais assez tôt critique de la doctrine économique de Karl Marx. Apprenti de son père avant la guerre, il était familier de l’industrie de la chaussure et devint consultant d’affaire à New York lors des premiers balbutiements de l’informatique commerciale. C’est à cette époque qu’il raffina sa critique de la théorie économique de Karl Marx, en particulier sa conception de la valeur du travail. LaRouche appliqua la théorie mathématique utilisée pour modéliser les plasmas gazeux et les phénomènes ondulatoires y ayant cours à la dynamique de l’économie humaine, distinguant l’économie physique réelle considérée par Marx de l’économie financière axée sur la maximisation de la rente au détriment des acteurs de la production, base de l’économie physique.
LaRouche a tôt reconnu l’importance de la créativité humaine comme facteur d’évolution scientifique et technique, donc économique, stipulant que la plus-value du travail humain de production de biens devait de façon conséquente être réinvestie dans l’amélioration matérielle et culturelle des conditions de vie des familles, de façon à ce que chaque nouvelle génération ait accès à de meilleurs moyens de développement de ses capacités créatrices. Il a tiré son inspiration culturelle de son étude de la renaissance débutée en Italie à l’époque de Léonard de Vinci et des Médicis, grande réalisation de l’humanisme hellenico-chrétien dont il se réclame, et nous avec lui.
Il a activement promu la découverte et la pratique de la musique classique de Bach à Mozart et Verdi comme réflexion et stimulation du processus d’idéation et de création de l’esprit humain, s’opposant résolument à l’esprit hédoniste et à la musique de la contre-culture qu’il a de façon lucide identifiée comme une opération d’ingénierie socio-culturelle visant à mentalement brider pour mieux la contrôler psychologiquement la génération du baby boom née dans l’optimisme civilisationnel de l’après-guerre. C’est dans cette optique qu’il s’est désolidarisé de la Nouvelle Gauche rencontrée à New York, instrument de cette ingénierie sociale.
Ce courant culturel délétère qu’a été la contre-culture conçue dans les cercles de l’Institut Tavistock, centre britannique d’étude de la guerre psychologique, a été une partie intégrante de la période de la Révolution tranquille dans le Québec des années ‘60 et ‘70, alors que montait le courant politique indépendantiste, et il a servi à nous dissocier de notre héritage historique national, à nous déraciner du continuum historique de plus de 400 ans maintenant dont nous sommes le fruit. C’est dans ce contexte qu’a été fomentée chez nous une culture « moderne » de remplacement largement inspiré de l’existentialisme français, imbue de son nihilisme matérialiste, justement d’inspiration marxiste, et saveur française de la « New Left ».
LaRouche grandissait dans une Nouvelle-Angleterre dont neuf Petits Canada s’était déjà dotés d’une Caisse populaire, dont le fondateur Alphonse Desjardins, décédé deux ans avant sa naissance, avait été invité à la législature du Massachussetts à exposer devant un auditoire fort intéressé les principes de son initiative. Ces premières Caisses furent le modèle des Credit Unions qui s’essaimèrent dans tous les États américains. À Montréal, les tenants de l’Action française de Lionel Groulx entreprenaient d’imaginer une troisième voie entre un capitalisme sauvage anglo-saxon trop familier et un socialisme nouvellement importé d’Europe par des réfugiés et prisé par quelques désoeuvrés de nos classes supérieures, certains ayant eu le privilège de faire des études parisiennes. Ces réfugiés eurent tôt fait de s’immiscer dans nos luttes sociales, surtout à Montréal, et de répandre leurs idées « révolutionnaires », à tel point que ces dernières devinrent endémiques dans l’après-guerre, alors que se redéfinissait l’ordre politique canadien. Curieusement, ces idées n’eurent aucune peine à se frayer un chemin dans les institutions ayant la haute main sur les esprits de la jeunesse, culbutant une Église en déliquescence incapable de se réformer sans jeter l’enfant avec l’eau du bain, comme le démontra l’après-Vatican II.
Alors que chez nous les Esdras Minville, Édouard Montpetit et François Albert Angers travaillaient sur un modèle de troisième voie économique propre à notre héritage et à notre mentalité catholique tirant son inspiration de la doctrine sociale de l’Église, Lyndon LaRouche, descendant de Canadien-Français de mère Quaker, jetait sur le monde et l’existence son jeune regard forgé aux mêmes sources civilisationnelles. Sa théorie économique novatrice atteignit sa pleine expression dans les années 1970, au terme de la poussée de prospérité nord-américaine de l’après-guerre. Elle trouva ensuite ses antécédents dans le Système américain d’économie politique d’Alexander Hamilton, système repris au Japon dès 1946 sous les auspices de l’occupation militaire américaine du général MacArthur et plus récemment en Chine, explication de sa phénoménale croissance économique. Lyndon LaRouche intitula plus tard The Science of Christian Economy la formulation de sa théorie économique arrivée à pleine maturité.

Une économie chrétienne serait-elle possible? Le vrai progrès – pas le progressisme, usurpation sémantique, inversion nihiliste – serait-il chrétien? La renaissance italienne, en tout cas, l’était. Et une science chrétienne de l’économie semble être exactement ce dont nous – l’humanité entière, en fait – avons besoin. Nos plus beaux esprits y travaillaient déjà alors que LaRouche portait encore la culotte courte. Ceux qu’ils formèrent ou influencèrent furent les architectes des organisations financières nationales qui permirent de bâtir le Québec moderne dans l’esprit du colbertisme, version historique française du nationalisme économique encadrant la théorie larouchienne. Les héritiers des Minville, Montpetit et Angers construisirent à même le développement de la fonction publique et des organes de l’État québécois moderne en devenir les instruments fondateurs du capitalisme nationaliste canadien-français, la Régie des rentes, la Société générale de financement (maintenant Investissement Québec) et la Caisse de dépôt et placement du Québec, une puissance financière maintenant de classe mondiale. Ce nationalisme économique québécois s’est construit bien malgré le capital anglo-canadien déjà à cheval entre Montréal et Toronto et luttant de son côté pour ne pas perdre trop de terrain face à Wall Street toujours envahissante.
Dans le monde d’aujourd’hui, des États qui ne sont pas de culture européenne, si on exclue le Brésil et la Russie, ont formé une alliance pour le développement, les BRIC, parallèle à la proposition de Banque internationale de développement (BID) que LaRouche proposait dès les années 1970 pour faire obstacle aux politiques de pillage impérialiste de l’axe Londres – New York.
Les lecteurs intéressés voudront consulter notre traduction augmentée de la fiche Grokipedia de Lyndon LaRouche, documentée de 242 références.