Les élections du 3 octobre et l’avenir des Canadiens-Français

Les élections et le contexte mondial

L’analyse qui suit n’a pas pour but de vous aider à mieux voter mais de démontrer les limites de ce qu’on appelle parfois l’appel au peuple.

On dirait qu’élection après élection les problèmes ne se règlent pas puisqu’on revient toujours sur les mêmes sujets sans avoir l’impression d’avancer : Immigration, langue, empiètement d’Ottawa…  

Ce n’est pas juste le Québec, le sentiment de faire du sur place semble affecter tout l’Occident. 

Dans cet asile à ciel ouvert, j’exagère à peine, se poursuit la déconstruction de l’excellence occidentale.

Aristote

Aristote

Les signes du déclin sont partout. Pour le dire franchement, si l’Occident a pu influencer grandement l’évolution de l’humanité depuis quelques siècles, il est aux prises aujourd’hui avec des idées fixes et souvent irrationnelles sur de nombreux sujets. 

PIBs Chine & USA

Produit intérieur brut É-U et Chine (1990 -2018) par rapport au total mondial

Tous les signes qui nous arrivent récemment nous poussent à croire que l’histoire s’écrit ailleurs, au sein de pays plus dynamiques économiquement, dont plusieurs appartiennent à l’Eurasie. Les statistiques le confirment et la tendance devrait se maintenir, à moins que la jalousie d’une puissance déclinante en particulier, déterminée à jouer les mauvais perdants, s’aventure à mettre fin par la guerre à une libre concurrence qui la défavorise. C’est la thèse d’un Best Seller sous-titré le piège de Thucydide. Allison avait en tête la Chine et les É-U, mais en réalité ça va beaucoup plus loin que ça.

Le transport en commun de Québec est sous-utilisé, mais on planche à grand peine sur un projet de tramway extrêmement coûteux, 

Tramway déraillé

Des équipements spécialisés verront au déneigement des rails et au dégivrage des fils suspendus. Les promoteurs se veulent rassurants.

les trains à grande vitesse couvrent de plus en plus l’Eurasie.

Trains à grande vitesse

Ce sont les projets en cours pour relier les pays voisins de la Chine dans le cadre des routes de la Soie qui donnent le vertige. Des projets qui laisseront les États-Unis et le Canada qui ne sont pas dans la course loin derrière.

Chez-nous, à la place, on construit aussi des éoliennes alors qu’on a de l’électricité hydraulique à revendre. On répète qu’Il nous faut fournir de l’emploi en régions et des profits aux promoteurs, le parti pris en faveur de tout ce qui s’appelle économie verte fait le reste. Il appartient à nos travers irrationnels du moment.

Une immigration concentrée en zone urbaine apparaît non intégrable et refuse même de s’intégrer, donnant lieu à une violence de rue accrue, ponctuée d’antagonisme ou de racisme anti-blanc.

ethnographie de Montréal

Le cadre de la politique migratoire ne diffère d’un pays occidental à l’autre que sur les détails. C’est un plan contre les nations établi par la médiation de certaines élites américaines, notamment juives, qui, dès l’après guerre, ont promu le multiculturalisme et l’immigration de masse pour contrer un nationalisme qui aurait porté en lui les germes de l’intolérance. La liberté d’aménagement démographique du territoire a échappé à la souveraineté des pays.

Encore une fois, les problèmes ne se règlent pas. Les autorités prennent les décisions à partir de préjugés idéologiques venus d’ailleurs : climat, antiracisme, parité homme-femme, transgenrisme, le tout accompagné de la mise à jour en continue d’une liste évolutive d’ennemis sur la scène internationale établie par un État profond américain.

Guerre perpétuelle

La guerre perpétuelle c’est bon pour l’économie. Elle est nécessaire à l’ogre insatiable qu’est le complexe militaro-industriel américain.

La liberté d’expression recule. On l’a vu avec la COVID où le sanitaire a servi à bâillonner l’opposition. Il n’y a pas de meilleur prétexte qu’une menace à la santé publique, qu’elle soit réelle ou fabriquée, pour restreindre les libertés. Un arbitraire de temps de guerre s’est imposé. 

Les partis en lice aux élections du 3 octobre ont-ils une vision qui a suffisamment de recul sur les grands enjeux qui affectent le Québec ? La réponse est non, y compris chez ceux qui ambitionnent de faire du Québec un pays, ils se cantonnent dans une vision étroitement provinciale des enjeux.

Que peuvent changer les élections ? 

Mort à 89 ans, Lionel Groulx a dit lui-même avoir voté seulement deux fois dans sa vie.

Lionel Groulx

Lionel Groulx (1878-1967)

Pour lui, l’enjeu n’en valait pas la peine. Ceux qui veulent s’abstenir ont donc un bel exemple dont ils peuvent s’inspirer, s’ils le souhaitent.

Seulement au Québec, oubliant le fédéral, il aurait pu voter 19 fois entre 1899 et 1966, un an avant sa mort.

Nous savons que l’identité québécoise a vite montré ses vraies couleurs avec l’approche référendaire. Il s’agissait de faciliter la co-nationalité des Canadiens-Français avec les Canadiens anglais au Québec, de leur tailler un destin politique commun. À cette fin, il fallait ternir l’identité canadienne-française pour qu’on s’en détache. C’était un moyen, mais pas le seul, pour atténuer la résistance des Canadiens-Français à l’empire, une résistance qui s’était manifestée depuis la pendaison de Louis Riel, la guerre des Boers ainsi qu’à l’occasion des Première et Deuxième Guerre mondiales, pour citer quelques exemples importants.

Opposition à la guerre

La résistance traditionnelle des Canadiens-Français abandonnée par les Québécois bi-nationaux

Depuis, l’identité québécoise a brisé avec la tradition, c’était son rôle. Elle a permis, dans un contexte qui était aussi favorisé par d’autres forces, un rapprochement des mentalités avec l’esprit anglo-saxon au profit de l’empire. Reconnaissons que les moyens de communication modernes et aujourd’hui l’internet, l’extension de l’influence américaine dans les universités et les médias, de même que, il ne faut pas l’oublier, le déclin de la foi catholique et la perversion de l’Église avec Vatican II s’ajoutent aux causes. C’est ainsi que le Bloc québécois aux Communes défend toutes les positions de l’OTAN sans exception au nom de l’identité québécoise. 

Sur le seul plan des mentalités, sommes-nous aujourd’hui comme peuple plus indépendants que nous l’étions au temps de Lionel Groulx qui refusait de voter ? 

Bref signalement des partis politiques 

Ce ne serait pas de grand intérêt ici de comparer dans le détail les cinq partis en lice, mais isoler une ou deux de leurs caractéristiques peut avoir son utilité avant d’aller plus loin. 

La seule nouveauté est le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Il a réussi à fédérer une opposition qui a été systématiquement caricaturée et tenue à l’écart du débat public pendant deux ans. Le PCQ devra au moins la moitié de ses votes à un public qui s’est senti méprisé depuis plus de deux ans et qui, pour se manifester dans les urnes, est prêt à ne tenir aucun compte du reste de son programme. En ce sens, Duhaime est seul à occuper le territoire COVID.

De son côté, la CAQ ne se reproche rien. En avance pour l’emporter de nouveau le 3 octobre, elle se veut le parti de tout le monde. Elle oscille entre des annonces de meilleures protections linguistiques pour les francophones et des assurances réitérées aux Anglos. 

Le PQ, en vieux parti qui ne s’est pas renouvelé, même s’il en a souvent parlé, planche sur l’appui de militants convaincus qui lui sont très fidèles. 

Au PLQ, on s’efforce de conserver le vote des anglophones et d’immigrants anglicisés. 

QS, qui connaît bien les codes mondialistes à la mode, influence des segments de jeunes, d’intellectuels ou d’immigrants sensibles à sa rhétorique. Il prône le type d’indépendance qui n’a aucune justification nationale, et, en même temps, c’est le modèle d’une indépendance faussaire qu’Ottawa pourrait être amené, peu probable, à reconnaître un jour. 

La faiblesse du PQ et du Parti libéral confirme que leur façon de poser la question nationale a perdu sa pertinence. Bien des électeurs ne se sentant plus sollicités à ce niveau redécouvrent que leur bulletin de vote offre un choix multiple. En réalité, plus multiple que jamais, grâce à l’explosion des petites candidatures. Mais attention, la multiplicité des choix demeure assez superficielle. Elle révèle en effet une division croissante de l’électorat sur des enjeux particuliers et à court terme. C’est un signe d’agonie de la grande politique dans une société fractionnée par une diversité sans borne. 

Mais le problème avec les élections c’est qu’en général les grands enjeux sont tenus à l’écart. Les partis sont pris en charge par des professionnels de la communication, ils comptent sur un nombre limité de thèmes pas trop compliqués pour séduire l’électorat.  Quand un parti comme la CAQ en arrive à offrir des récompenses en argent aux électeurs, si le vote tourne du bon bord, ça trahit une dégradation du sens même des élections. 

Le déclin de la question nation nationale et la québécitude

La question nationale n’a pas disparu, mais elle a été profondément transformée depuis Marcel Chaput, Daniel Johnson et le René Lévesque d’Option Québec. Depuis longtemps le PQ a pris ses distances avec sa base naturelle. Sauf en privé, son discours est épuré de toute référence aux Canadiens-Français. Le PQ n’y reviendra pas, il a fait son nid ailleurs.

Il y a eu dérive. Le combat pour obtenir tous les pouvoirs nécessaires pour assurer notre avenir, dont les débats parlementaires de 1865 sur la Confédération sont un moment inaugural, a muté. Et c’était aussi le message des États généraux du Canada français de 1967 à 1969. Aujourd’hui, la souveraineté c’est pour autre chose, comme des gains économiques, la laïcité, l’interculturalisme. Une caricature parue récemment dans The Gazette

a fait dire à plusieurs qu’Ottawa est anti-Québec A-t-on, oublié que The Gazette est montréalaise, en fait le plus vieux journal de Montréal ? Et on veut bien oublier, quand ça gêne, que les anglo-saxons du Québec sont aussi des Québécois de souche. Ils n’ont pas envie de nous quitter pour aller vivre à Toronto, le Québec leur offrant tout ce dont ils ont besoin pour réaliser leurs ambitions. 

Le Québec n’est pas un bloc homogène formé d’une seule nation. À l’origine, l’indépendantisme exprimait le cri d’un peuple qui ne demandait qu’à vivre et à prospérer au grand jour, il ne se voilait pas la face sur l’existence de deux nations principales au Québec.

Manifestation McGill français 1969

Manifestation Mc Gill français, automne 1969. Le poids des institutions anglophones au Québec : Persistance d’un facteur colonial endémique ou «droits consacrés», avec un écart perpétuel de traitement ?

L’instabilité politique au Canada et les Canadiens-Français

L’instabilité politique revient périodiquement au Canada, un pays aux prises avec des contradictions qui portent sur la gestion des ressources naturelles et fiscales. À ces contradictions d’ordre économique s’ajoutent des contradictions nationales. 

En 1981, le pactole pétrolier de l’Alberta avait été redivisé par Pierre Elliott Trudeau en faveur d’Ottawa. Les Albertains avaient été soulevés d’indignation. Mais jamais, au-delà de la rhétorique de circonstances, on ne s’était rapproché d’une réelle menace de sécession. Des contradictions du même ordre refont surface aujourd’hui, mais, encore une fois, il est peu probable que le désaccord économique ne trouve pas son compromis. Il y a trop à perdre des deux bords. L’attachement commun des Anglo-saxons au Canada constitue pour eux un liant très fort. Rappelons que si les Canadiens-Français et le Québec peuvent opposer, ensemble ou séparément, des droits historiques à Ottawa, ce n’est nullement le cas de l’Alberta, une province crée de rien par le fédéral en 1905.

Il en va autrement des questions nationales qui divisent le Canada. D’abord, l’impact d’une éventuelle crise constitutionnelle générée par l’Alberta ne donne aucune garantie de propulser la question nationale. À cet égard le Québec est aux prises avec ses propres contradictions et elles sont de taille. On peut certes présumer que le puissant élément anglo-saxon québécois accepterait de bon cœur une décentralisation des pouvoirs économiques et un nouveau partage de l’assiette fiscale, pourquoi pas ? En revanche, il imposerait immédiatement son veto à tout changement qui pourrait remettre en cause ses acquis en éducation, en santé et en matière linguistique. Et pour se défendre, les Anglos du Québec ne manquent pas de moyens. Comme toujours, ils pourront compter sur l’appui indéfectible d’Ottawa, qui aurait tôt fait de mobiliser les neuf provinces anglaises contre le Québec, incluant l’Alberta. La Nuit des longs couteaux ça ne vous rappelle rien ?

Mais ce n’est pas tout. L’élément anglo-saxon québécois pourra aussi compter sur l’État du Québec pour maintenir le statu quo, puisqu’il est tenu par l’obligation qu’il s’est infligé par la loi 99 (2000) de reconnaître aux anglophones des droits consacrés. Ces droits consacrés apparaissent comme une consécration des disparités de droits et de statut issues de l’époque coloniale.

Référendum et droits nationaux

Un autre signe important qui montre que la lutte nationale a changé de sens se trouve dans la stratégie référendaire de 1974. On voulait que tous les habitants du Québec votent. Comme si le droit d’une nation à disposer d’elle-même pouvait être divisé entre deux nations, comme si un droit national partagé d’une communauté socioculturelle et historique pouvait être transposé mécaniquement à l’échelle d’un territoire binational. Mais le Parti québécois, influencé sinon infiltré par le fédéral, a voulu que la démocratie territoriale l’emporte sur la démocratie nationale. Mais laquelle des deux devrait prévaloir dans un tel cas, on n’y est jamais revenu.

Referendum

Distribuée massivement à la veille des élections de 1973, cette « carte de rappel » a été un coup de force qui modifiait de facto le programme du parti. L’opération sera complétée en novembre 1974 par l’adoption de la stratégie référendaire, néanmoins refusée par 30 % des congressistes.

Deux référendums ont eu lieu depuis. Et la méthode, on pourrait dire le piège, s’est imposée comme une obligation de courir à la défaite. Pour des raisons mathématiques, la souveraineté est devenue hors d’atteinte. Non seulement en raison de l’approche référendaire, mais en raison de la faible natalité et de seuils d’immigration qui rendent impossibles l’assimilation des nouveaux venus dans le substrat national. 

La souveraineté hors d’atteinte ?

Il faut d’abord se redonner une voix politique indépendante. La seule façon de le faire c’est avec notre identité de Canadiens-Français. L’identité québécoise est confuse. Elle nous confond notamment avec la communauté anglophone, qui est pleinement québécoise elle aussi, mais qui a d’autres intérêts. Je sais que plusieurs tiquent à l’idée de se dire Canadiens-Français, mais ce serait simplement reprendre le fil de l’histoire. Pierre Bourgault, Daniel Johnson et René Lévesque se présentaient comme Canadiens-Français au départ. 

Canadiens-Français et autochtones

Un avantage relié à notre identité canadienne-française c’est qu’elle fait de nous des autochtones pré-britanniques, les fondateurs du Canada européen et les premiers Canadiens, près de 150 ans avant le débarquement des Anglais. À titre de Canadiens-Français, nous pouvons prétendre à des droits et à des protections qui s’appliquent aux nations autochtones, droits édictés notamment par les Nations unies. Il ne s’agit pas de faire concurrence aux autochtonies pré-européennes, qui ont leurs particularités. Par exemple, les pré-européens entretiennent peu de doute sur la valeur de leur passé, ils l’assument intégralement. Chez les pré-britanniques on hésite et se questionne, surtout depuis la révolution tranquille. Une certaine culpabilité s’est installée et plusieurs ont rayé leur passé d’un trait noir, ils sont devenus Québécois, ce qui les coupe plus facilement de leurs racines.

Mais le modèle est bon. Nous savons que grâce à leurs incessantes démarches les autochtones pré-européens ont obtenu une amélioration concrète de leur situation. Quant à nous, Canadiens-Français, dans un recours existentiel de ce type, il y aurait lieu de se liguer étroitement avec notre diaspora nord-américaine et les Acadiens. Cette défense de nos droits, que certains pourraient qualifier un peu vite de farfelue, a selon nous des fondements qu’il vaudrait la peine de démontrer.

Remarquons aussi, pour continuer d’enfoncer le clou, que les autochtones ont été invités à devenir Québécois (Robert Bourassa, Bernard Landry, etc.) bref, à faire partie de ce peuple juridique, cette nation québécoise contractuelle, sans qu’on exige d’eux qu’ils renoncent à leurs traditions et à leurs langues. Même qu’on les aide aujourd’hui à redécouvrir leur patrimoine. Pour nous, Canadiens-Français, c’est l’inverse. Pourquoi faudrait-il que, pour être Québécois, les Canadiens-Français renoncent à leur enracinement ? 

Comment peut-on faire de la question nationale un enjeu ? 

Je pense qu’il y a moyen de se mobiliser utilement. Je vais aborder le sujet par le biais de la question linguistique pour ensuite parler des modifications souhaitables à la loi 99 (2000). 

D’abord, il y a une fausse conception qu’il faut chasser.  

Dans l’état actuel des choses, l’équilibre linguistique ne peut être modifié au Québec. Plusieurs organismes, intellectuels et auteurs font activement la promotion du français au Québec, ce qui est très bien. Mais il y a peu d’illusions à se faire sur le renversement d’un statu quo établi de longue date. Il faut pousser plus loin l’argumentaire. L’évolution linguistique se fait en notre défaveur depuis la Conquête, le fond de la question il est là. C’est une constante historique dont on aurait tort de minimiser le poids. 

Si les tendances à l’hégémonie des Anglo-saxons qui mènent le Canada tenaient moins de l’obsession, un fédéralisme des nations aurait pu prendre forme au Canada. C’est en tout cas la revendication constitutionnelle qui a été la plus soutenue par les Canadiens-Français depuis au moins 150 ans. Elle est toujours d’actualité. Il faudra briser un interdit et appeler par son nom ce qui est à l’origine des iniquités linguistiques et nationales. Il ne s’agit pas de prendre sa revanche ou de nourrir du ressentiment, mais de conclure une paix équitable dans le respect des intérêts nationaux de chacun. Il faut le tenter.

La loi 99 et l’inexistence de la nation historique selon Québec 

J’ai tenté d’expliquer brièvement une façon vraiment nouvelle d’envisager la question nationale. C’est le fruit d’échanges entrepris depuis quelques années au sein d’un cercle patriotique qui veut remettre la question nationale sur ses pieds. La Fédération des Canadiens-Français a lancé un appel il y a presque deux ans pour demander à Québec d’apporter un amendement à la loi 99 (2000) qui, de l’avis de plusieurs juristes, est une loi statutaire. Il s’agit donc d’une loi qui n’a rien d’ordinaire. Elle décrit notamment la composition du peuple québécois. Jusqu’ici nos objections sur la définition du peuple québécois n’ont pas reçu l’attention qu’elles méritent. La présente campagne électorale serait-elle une occasion de faire connaître plus largement la nécessité d’amender cette loi ?

Pour ma part, je tâcherai de diffuser autant que possible cette idée. L’approche nationale innovante que j’ai présentée ici pourrait vous rejoindre. Si c’est le cas, faites circuler à votre tour et profitez de la campagne électorale pour sensibiliser les candidats de tous les partis. Partagez le lien et posez la question aux candidats :

Êtes-vous favorable à ce que les Canadiens-Français soient explicitement reconnus par Québec, à côté de la communauté anglophone et des autochtones pré-européens qui le sont déjà ?

Nous avons critiqué le législateur, en l’occurrence le gouvernement du Parti québécois à l’époque, de s’être défilé devant son devoir de produire une définition claire de l’élément canadien-français au sein du Québec. La négligence contraste ici de façon gênante avec le soin qu’on a pris pour reconnaître des « droits consacrés » à la communauté anglophone. Le fait français au Québec ne change rien au fait que les Canadiens-Français sont d’abord et de manière prépondérante, vu la hiérarchie des pouvoirs, une minorité déclinante au Canada depuis 1850. Les Canadiens-Français sont la vraie minorité partout. Les Canadiens-Français crient famine en matière de droits consacrés, mais Québec a accordé le supplément de protection aux anglophones. 

Voici l’amendement proposé à la loi 99 (2000), rendu public au vingtième anniversaire de son adoption:

CONSIDÉRANT l’existence de la nation canadienne-française, fondement du peuple québécois, nation de langue et de culture française, jouissant de droits consacrés issus du Canada de la Nouvelle-France, et notamment du droit d’aménager l’espace juridique, politique, institutionnel et public du Québec de manière à lui permettre de refléter son identité nationale, à pouvoir la transmettre et à la faire s’épanouir;

D’autres propositions sont possibles. Il importe surtout que les Canadiens-Français reprennent leur place dans le jeu politique.